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Ne m'oublie pas

Dernière mise à jour : il y a 6 heures


Je détestais les matins. Me réveiller à six heures alors que je ne m’étais endormie qu’à quatre ? Définitivement pas mon truc.


Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour les gens qu’on aime ?


Alors, je me traînai jusqu’à la gare, respirant l’air frais de ce matin d’automne. Une fois sur place, je me frayai un chemin à travers un groupe de blondes riant aux éclats et un vieil homme quémandant de la monnaie pour atteindre le bord du quai. Heureusement, le train ne me fit pas attendre. Dès que les portes s’ouvrirent, je bondis dedans, ce qui ne fut pas simple. Il était étonnamment bondé pour une heure si matinale. Mon corps était compressé de tous côtés, et je priai silencieusement pour un miracle sous la forme d’un siège libre à proximité.


Le trajet de Kimberville à l’allée Chalmoni durait deux heures, et rester debout tout ce temps aurait définitivement entraîné l’amputation de mes jambes.

Si j’avais su qu’il y aurait autant de monde, j’aurais opté pour des baskets et un look décontracté, pas ces stilettos et certainement pas cette jupe crayon style secrétaire. Trop courte pour les standards professionnels, de toute façon.


Me frayant littéralement un chemin à coups de coudes à travers la foule, je parvins à trouver une minuscule poche d’air sous les bras de deux géants, où j’espérais reprendre mon souffle… puis renonçai.


Autour de moi, les conversations bourdonnaient, pendant que je souffrais ! Honnêtement, j’étais à deux doigts de demander à blondinet et brunet si ils connaissaient les incroyables et très utiles inventions que sont le savon et l’éponge, qui vont de pair avec le simple concept de prendre une douche. Mais, encore une fois, je me contins.


Puis, comme par intervention divine, ils descendirent tous deux à Livz, ainsi que la moitié du train.


Je trouvai un siège parfait près de la fenêtre. Je m’assis, croisa les jambes, mis mes écouteurs et lançai Je te laisserai des mots de Patrick Watson.


Mon regard erra au-delà des forêts sèches et des feuilles mortes, qui recouvraient le sol comme une veste marron, parfois épaisse, parfois fine. Puis une personne horrible — sans cœur, sans réflexion, complètement insensible à ma personne et à l’art que j’écoutais — m’envoya un texto, interrompant le pala la la la de la chanson.


Zarah : J’ai cuisiné ton plat préféré, s’il te plaît, ne me tue pas. x

Moi : Je pensais plutôt à t’arracher les cheveux avec une pince à épiler.

Zarah : On dirait que quelqu’un n’a pas encore trouvé de crush dans son train.

Moi : Sors de mon téléphone, j’essaie d’écouter ma musique.

Zarah : Dis-moi si tu trouves un crush et invite-le à manger. À tout' ma belle.


Je souris bêtement au message de ma meilleure amie, sans me rendre compte que nous étions déjà arrivés à un autre arrêt et que l’espace se remplissait de nouveau.


« Puis-je ? »


Je relevais la tête, et continuais de la relever.


L’homme devant moi était incroyablement grand et, surtout, incroyablement beau. De ses cheveux blonds ondulés à ses yeux gris en passant par sa structure faciale parfaite, je dus cligner plusieurs fois des yeux pour m’assurer que je n’hallucinais pas. Il me regardait comme s’il attendait une réponse, ce qui me fit sortir de ma rêverie.


« Hein ? » Je devais passer pour une attardée.


« Puis-je m’asseoir ? »


Nous étions dans un train, pas dans un restaurant où j’aurais peut-être pu réserver le siège à côté de moi. Cependant Je gardai cette réflexion pour moi-même et lui répondit :

« Oh, bien sûr, allez-y ! »


Ce n’est qu’alors qu’il s’assit. Et, pour couronner le tout, il sentait bon.

Les premières notes de Für Elise de Beethoven résonnèrent dans mes écouteurs, tandis que je décidais quelle personnalité adopter pour la journée (plus précisément, laquelle utiliser pour lui parler, car je me sentais quelque peu courageuse).


« Vous êtes très poli. Un peu étrange, mais poli quand même, » dis-je après avoir retiré mes écouteurs, décidant de juste être moi-même.


« C’est… gentil de votre part ? » sourit-il, et wow...


« Et vous avez de belles dents. » remarquais-je.

« Et vous êtes simplement magnifique. »


Je sentis mes joues chauffer alors que son regard passait de mes cheveux noirs attachés en chignon à mes yeux admiratifs. Je crus voir une tempête se former derrière ses yeux gris. Un étang sous un ciel orageux, et un monde enveloppé d’argent fondu.

Ses lèvres pleines s’étirèrent légèrement, et ce fut suffisant pour que mon cœur tente de sortir de ma poitrine.


« Je m’appelle Amos. Vous? » demanda-t-il, avant de se caler plus confortablement et de poser sa tête sur mon épaule. Je me rapprochai pour éviter qu’il se torde le cou en essayant d’atteindre mon épaule.

« Aary. »


Il prononça mon nom comme personne ne l’avait jamais fait.


« Je vais à un entretien d’embauche à Felliya, » dit-il après un moment.

« Personne n'a demandé, mais… OK. » Amos rit. Un son chaud et doux. Fort et tendre.

«Je vous aime bien. »


Les minutes passèrent, et le temps fut témoin de nos conversations — certaines normales, d’autres complètement absurdes — allant de son entretien chez C&C, un cabinet d’avocats, au fait qu’il ferait une horrible sorcière à cause de sa maladresse. Il m’assura qu’il concocterait les potions les plus impossibles.


Hélas, nous perdîmes la notion du temps, et il eut à peine le temps de déposer un doux baiser sur mon front avant de s’élancer hors du train à son arrêt.

Les portes se fermèrent. Je restai à l’intérieur.

Mon cœur, lui, resta dehors.

Je lui souhaitai silencieusement bonne chance pour son entretien, le regardant reculer, ses yeux toujours rivés aux miens. Le train reprit sa route tandis que mon imagination commençait à façonner des « et si… »


Déverrouillant mon téléphone, j’envoyai un texto rapide à Zarah, un sourire aux lèvres.


Moi : Sors une bouteille de vin, j’ai des choses à te raconter.

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